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Les monastères bouddhiques oubliés de Haḍḍa

Alexandra Vanleene
25/09/2019
6 min de lecture

En septembre 2019, la chaîne YouTube Past & Curious, spécialisée dans la vulgarisation historique par l'animation, publiait une vidéo remarquable consacrée aux monastères bouddhiques de Haḍḍa, en Afghanistan. Écrite par Alexandra Vanleene, archéologue et spécialiste de l'art du Gandhāra, cette vidéo invite le spectateur à voyager dans l'Afghanistan bouddhique, dans les pas du moine pèlerin Xuanzang (玄奘), à la découverte d'un patrimoine artistique exceptionnel aujourd'hui largement disparu.

Les monastères bouddhiques oubliés de Haḍḍa, Past & Curious
© Past & Curious / Astrid Amadieu

Xuanzang (玄奘, 600/602–664) est l'un des plus grands moines bouddhistes et traducteurs de soutras de l'histoire de la Chine. Né à Luoyang dans le Henan, il est ordonné moine en 622. En 629, il quitte clandestinement Chang'an (Xi'an) pour un pèlerinage vers l'Inde, bravant l'interdiction de l'empereur Taizong. Son périple de seize ans le conduit à travers l'Asie centrale, l'Afghanistan et l'ensemble du sous-continent indien.

En traversant l'Afghanistan, Xuanzang visite Bactres (Balkh), où il trouve plus de 3 000 moines theravāda, puis Bāmiyān, où il contemple les deux bouddhas géants creusés dans la falaise, détruits par les Talibans en 2001. Il poursuit vers Kapiçi (Begrâm), capitale du royaume de Kapisa dans le Gandhāra, qui comptait plus de cent monastères et 6 000 moines, puis atteint Nagarahāra (Jalalabad), aux portes de Haḍḍa, où il considère avoir enfin atteint l'Inde. Son récit, le Dà Táng Xī Yù Jì (大唐西域記, « Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang »), offre une description inestimable du monde bouddhique au moment où il entame son déclin. De retour en 645, il rapporte 657 textes sanskrits et supervise la traduction de 76 ouvrages, soit 1 347 rouleaux, jusqu'à sa mort. Son voyage a inspiré le célèbre roman La Pérégrination vers l'Ouest (西遊記), l'un des monuments de la littérature chinoise.

La vidéo

La vidéo est disponible avec des sous-titres en français, anglais, farsi et espagnol.

Haḍḍa et l'art du Gandhāra

Haḍḍa est un vaste complexe monastique bouddhique situé dans la province de Nangarhar, dans l'est de l'Afghanistan, à quelques kilomètres au sud de la ville de Jalalabad. Du IIe au VIIe siècle de notre ère, ce site abritait des centaines de stupas et de monastères, constituant l'un des centres religieux et artistiques les plus importants de la région du Gandhāra.

L'art du Gandhāra, né de la rencontre entre les traditions artistiques de la Grèce hellénistique et le monde bouddhique indien, a produit certaines des premières représentations anthropomorphiques du Bouddha. Haḍḍa occupe une place singulière dans cette histoire de l'art : ses décors en stuc et en argile crue, d'une expressivité saisissante, témoignent d'une école artistique propre, distincte des productions en schiste de la vallée de Peshawar.

Les premières fouilles scientifiques du site furent menées par Jules Barthoux entre 1926 et 1928, sous l'égide de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA). Ses travaux permirent la mise au jour de milliers de sculptures provenant de sites majeurs tels que Tapa Kalan, Bagh-Gai et Tapa-i-Kafariha. Par la suite, les campagnes de l'Institut Afghan d'Archéologie dans les années 1960, puis celles de Zemaryalai Tarzi à Tapa-e-Shotor dans les années 1970, complétèrent notre connaissance de ce patrimoine exceptionnel.

Malheureusement, les décennies de conflits qui ont frappé l'Afghanistan ont entraîné la destruction de nombreux sites et la disparition d'une part considérable de ce patrimoine. C'est dans ce contexte que les travaux de documentation et de recherche comme ceux présentés dans cette vidéo revêtent une importance capitale.

Alexandra Vanleene, spécialiste de l'art du Gandhāra

Le scénario de cette vidéo a été écrit par Alexandra Vanleene, docteur en archéologie de l'Université de Strasbourg. En 2011, elle a soutenu sa thèse consacrée aux décors des monastères de Haḍḍa, emblématiques de l'art gréco-bouddhique du Gandhāra. Ses travaux portent notamment sur les différences et similitudes dans la production artistique gandhārienne, en particulier l'école de modelage de Haḍḍa.

Depuis 2021, Alexandra Vanleene occupe la fonction de conseiller scientifique pour le projet Digital Gandhāra, au sein du laboratoire CAMLab de l'Université de Harvard. Elle est également à l'origine du projet Hadda Archeo Database, qui vise à documenter et rendre accessible l'ensemble du corpus archéologique de Haḍḍa.

Past & Curious : rendre l'archéologie accessible

Past & Curious est une chaîne YouTube de vulgarisation historique et archéologique qui se distingue par l'utilisation de l'animation comme medium narratif. Grâce aux illustrations d'Astrid Amadieu et au travail d'animation et de montage de Maxime Garnaud, la chaîne parvient à rendre accessibles des sujets complexes de l'histoire ancienne, en proposant des récits visuellement riches et scientifiquement rigoureux.

Cette vidéo sur les monastères de Haḍḍa illustre parfaitement cette démarche : en suivant les pas de Xuanzang, le spectateur est immergé dans le quotidien des monastères gandhāriens et découvre la richesse de ses décors sculptés. Le format animé permet de restituer visuellement des espaces et des œuvres qui, pour beaucoup, n'existent plus que dans les archives photographiques et les publications scientifiques.

La vidéo a été traduite en anglais par Pauline Debels, en espagnol par Areli Ayaviri et en farsi par Bashir Ahmad Rustaqi, témoignant d'une volonté de diffusion internationale.

Crédits

  • Scénario : Alexandra Vanleene
  • Production et réalisation : Past & Curious
  • Illustration : Astrid Amadieu
  • Animation et montage : Maxime Garnaud
  • Traduction anglaise : Pauline Debels
  • Traduction espagnole : Areli Ayaviri
  • Traduction farsi : Bashir Ahmad Rustaqi

Bibliographie

  • BARTHOUX J., 1930. Les Fouilles de Haḍḍa, Figures et Figurines, Mémoires de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan, Tome VI, Paris.
  • BARTHOUX J., 1933. Les Fouilles de Haḍḍa, Stupas et Sites, Mémoires de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan, Tome IV, Paris.
  • MOSTAMINDI S., MOSTAMINDI M., 1969. « Nouvelles fouilles à Haḍḍa (1966-1967) par l'Institut Afghan d'Archéologie », Arts Asiatiques, Tome XIX, p. 15-36.
  • TARZI Z., 1976. « Haḍḍa à la lumière des trois dernières campagnes de fouilles de Tapa-é-Shotor (1974-1976) », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 120 (3), p. 381-410.
  • TARZI Z., 1997. « Préservation des sites de Haḍḍa : monastères bouddhiques de Tapa Shotor et Tape Tope Kalān », MARI 8, p. 207-222.
  • TARZI Z., 2001. « Le site ruiné de Haḍḍa », in Afghanistan, Patrimoine en Péril, actes d'une journée d'étude, CEREDAF, UNESCO, p. 60-69.
  • VANLEENE A., 2012. « Haḍḍa, Kaboul-Kapiça, Bāmiyān : trois écoles artistiques de modelage entre l'Inde et la Chine », in G. DUCOEUR (éd.), Autour de Bāmiyān, de la Bactriane hellénisée à l'Inde bouddhique, Actes du Colloque de Strasbourg (19-20 juin 2008), Archeologia Afghana, p. 279-298, Paris.
  • VANLEENE A., 2019. « Differences and similarities in Gandhāran art production : the case of the modelling school of Haḍḍa (Afghanistan) », in W. RIENJANG, P. STEWART (eds.), The Geography of Gandhāran Art, Proceedings of the Second International Workshop of the Gandhāra Connections Project, University of Oxford, 22nd-23rd March, 2018, Oxford, p. 143-163.